Pensée du mois : l’édito du coach : Marketing de soi ?

Longtemps j’ai cru, au cours de ma carrière de manager et même de dirigeant, qu’il suffisait de bien faire son travail pour obtenir de la promotion au sein de l’entreprise.

Sans doute parce qu’à l’école, lorsqu’on rend un devoir, la note tombe et sanctionne le travail accompli. Avec des enseignants intègres et sérieux, la note est le reflet de la qualité du travail de l’élève, de l’étudiant. Bien sûr, il y a des élèves qui tentent de s’assurer les bonnes grâces de tel ou tel professeur : les « fayots » ou lèche-bottes. Mais le verdict du passage à l’année supérieure est tout de même, pour l’essentiel, contenu dans les notes et leur moyenne.

Bercés par cette douce illusion que la vie professionnelle fonctionne sur le même modèle d’appréciation objective, certains « bons élèves » font parfois la tardive et cruelle découverte que la promotion, les honneurs, les marques de reconnaissance vont à d’autres, moins méritants du point de vue de leur contribution à la bonne marche de l’entreprise et à ses résultats. L’amertume gagne quelques-uns de ces bons collaborateurs. D’autres s’épuisent silencieusement à se rendre encore plus performants, plus utiles, assumant même une surcharge de travail, voire une double charge ou plus.

Pendant ce temps, sous leurs yeux et en dépit de leur consternation muette, certains de leurs collègues se satisfont complètement d’en faire moins, voire beaucoup moins, se plaignant même d’en avoir trop à faire. Le comble est qu’une partie de leur temps si précieux est consacré à brasser de l’air, à répandre le message de leur indispensabilité, à vanter leurs succès (parfois usurpés), à déjeuner avec leur chef plutôt qu’avec leur équipe. Agissant ainsi, leur réputation se bonifie autant auprès de leurs supérieurs qu’elle se dégrade auprès de leurs collègues et collaborateurs. Mais s’ils visent l’effet obtenu auprès des premiers, ils se moquent de celui produit auprès des seconds. Car ils savent bien qui décide de leur avancement.

Ainsi tourne le monde des organisations, avec des bosseurs qui ont d’autant plus la tête dans le guidon et les pieds sur les pédales, que les autres lèvent la tête et sont en roue libre. Pour autant, le peloton avance à son rythme, dans un équilibre surprenant. Ne trouve-t-on pas un équilibre dans la nature entre les êtres travailleurs, les profils opportunistes et toutes les nuances intermédiaires ?

Ce que ne perçoivent pas toujours les « bons élèves » silencieux, c’est leur part de responsabilité dans cet équilibre injuste. Et cette part, c’est justement leur silence, souvent inspiré par une volonté d’humilité, une aversion pour la vantardise, une éducation de l’effacement de soi au profit d’autrui, une acceptation voire une aisance dans le cadre scolaire cité précédemment. Cette part de responsabilité se conjugue à celle des supérieurs qui manquent de temps. Faute de priorisation, ils ne discernent pas la valeur des personnes dans le brouhaha du quotidien, et se laissent séduire par ceux qui occupent l’espace.

Alors plutôt que d’attendre l’utopie que la vérité éclate d’elle-même, voici deux attitudes vertueuses pour le respect des personnes et du collectif :

  • A l’adresse des managers : prendre le temps de faire parler et d’écouter les silencieux pour avoir une vision plus complète du système est une priorité managériale
  • A l’adresse des « bons élèves » silencieux : évoquer auprès de son manager ses réussites, ses efforts, son implication contribue à la vérité tout autant que parler de ses erreurs, de ses facilités, des éléments de démotivation. Ce n’est pas de la vantardise, c’est du marketing de soi responsable, c’est du parler vrai.
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