Pensée du mois : l’édito du coach – Quand le passé s’invite

Et si la qualité de nos relations tenait non seulement à qui nous sommes aujourd’hui, mais aussi à l’image que les autres nourrissent de notre passé ?

Dans mon entourage, il y a un jeune artisan charpentier qui a de l’or dans les mains. C’est un gros bosseur, perfectionniste, fiable dans la qualité et dans les délais.  Il y a aussi une jeune directrice de département aux missions très diversifiées, au sein d’une entreprise internationale. Elle est ingénieure et docteure, percute au quart de tour, manage des équipes de haut niveau, et s’intéresse à tout et à tous.  Il y a encore ce chef de rayon moquette dans une grande enseigne de déco d’intérieur, qui a toujours rêvé de grimper dans la boîte voire de créer la sienne mais n’a pas franchi le pas, toujours une bonne excuse en tête. Il est sympa, touchant, accueillant, on peut compter sur lui. Et encore tant d’autres au profil talentueux ! Qui ne connaît pas un paquet de personnes dont le portrait et l’état d’esprit se dessinent au fil du temps, par la profondeur de la relation ?

Mais qu’est-ce que je sais réellement d’eux, que je crois si bien connaître ? Que se passerait-il pour moi si j’apprenais que, bien avant de les rencontrer, le charpentier, la docteure-ingénieure ou le chef de rayon avaient un passé particulier. Si l’un avait participé à un braquage dans sa jeunesse, ou dealé de la drogue, si un autre s’était repenti d’une fraude fiscale conséquente, ou même avait commis un homicide involontaire ? Est-ce que mon appréciation de la personne en serait changée ?

Je remarque que, pour certaines personnes, le passé des autres appartient à leur histoire. Ils ne les jugent pas aujourd’hui à l’aune de leur passé, mais à celle de leur expérience actuelle de la personne telle qu’elle est aujourd’hui, avec ses forces et ses failles.

Pour d’autres au contraire, l’image d’aujourd’hui, pourtant façonnée par une relation nourrie – même si elle est parcellaire –, se trouve entâchée dès lors qu’ils savent que la personne a eu un autre visage – peut-être même plusieurs ?

Il n’y a ici pas de bon ou de mauvais comportements, mais il est intéressant de voir comment la révélation du passé d’une personne pourrait modifier totalement – partiellement ou aucunement – l’appréciation de son entourage plus ou moins proche. Certains ne feront pas de différence : « C’était avant que je te connaisse, ça ne change rien pour moi ». Pour d’autres, cela confine à la trahison : « Et moi qui croyais que… »

Finalement l’évolution de nos regards sur autrui parlent parfois davantage de nous-mêmes qui portons le regard, que de la personne regardée. Est-elle toujours digne de confiance maintenant que je sais son passé ? Ou bien la confiance que je lui accorde est-elle seulement liée à mon expérience spécifique avec elle ? Qu’est-ce que cela dit de mes propres idéalisations et de mes propres caricatures de l’autre ? Qu’est-ce que cela révèle sur mes valeurs, sur mes croyances, sur mon mode de pensée, sur mes intolérances ?

Reconnaître qui une personne est devenue demande parfois plus de courage que de juger qui elle a été par le passé.

A méditer peut-être…

 

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