Le jeune dirigeant (D) a entamé un coaching pour vaincre son appréhension de cette prise de fonction un peu spéciale, puisqu’il quitte le « confort » du salariat pour reprendre une entreprise de huit salariés. Après quelques mois passés avec le cédant, le voilà lâché dans le « grand bain ».
Le Coach (C) : Eh bien, de quoi allons-nous parler pour cette troisième séance ?
D : Je me demande quelle attitude adopter à propos de certains salariés…
C : C’est un bon début. Voilà une saine question de la part d’un patron. Quelle est la situation ?
D : Depuis mes débuts dans l’entreprise, les collaborateurs savaient que je reprendrais l’entreprise si le patron historique avait suffisamment confiance pour me céder son « bébé ». Et ce fut le cas. Cela fait maintenant 3 mois qu’il est parti. Les employés ont eu le temps d’apprécier mon intérêt réel pour chacun d’eux, et ma volonté de les solliciter avant de prendre une décision qui les concerne directement ou collectivement.
C : Un management participatif, dirait-on ?
D : Oui. J’ai trop « souffert » d’un patron un peu dictateur. Tout le monde en avait marre de ne pas pouvoir contribuer aux réflexions sur son propre job. Ça nous démotivait. Je ne veux pas recopier cela.
C : OK. Et cela pose un problème ?
D : Eh bien, j’ai l’impression que les gens en profitent.
C : C’est-à-dire… ?
D : L’ambiance est bonne et j’y tiens beaucoup. On travaille mieux quand on s’entend bien. Mais maintenant, certains prennent des libertés qui ne me plaisent pas.
C : Quelle genre de libertés ?
D : Par exemple des retards. Pas grand-chose… 5 minutes ici, 5 minutes là.
C : Et que faites-vous alors ?
D : Au début, rien. Je me disais que ça allait passer.
C : Et alors…
D : Et puis c’est devenu 10 voire 15 minutes. C’est principalement une personne. Qui d’ailleurs ne fait pas une minute de plus le soir.
C : Et que faites-vous maintenant ?
D : Je n’ai toujours rien fait justement. L’autre jour c’était même une heure. Je lui ai fait remarquer et vous savez ce qu’elle m’a dit ?
C : J’ai hâte de le savoir…
D : « Déso ! J’ai eu un souci avec ma voiture. J’ai tout de même réussi à la trainer jusqu’au garage. Il était temps ! Après elle ne démarrait plus. Ils m’en ont prêté une que je dois ramener ce soir. »
C : Qu’avez-vous répondu ?
D : Pas eu le temps ! Elle a filé dans son bureau.
C : Et… ?
D : Ben ensuite je suis retourné à mon bureau
C : Finalement, où est le problème ?
D : Comment ça ? Ça me semble évident !
C : Alors, dites-le-moi…
D : Ben, je paie la personne pour 35 heures, pas 32 !
C : C’est seulement cela ? Si elle fait 32 heures, pourquoi ne pas la payer 32 heures ?
D : Noooon !! Ce n’est pas la solution. Son travail n’est pas fait dans les temps…
C : Ah ! Eh bien pourquoi ne donneriez-vous pas le travail qui n’est pas fait à une autre personne qui fait ses 35 heures ?
D : Quelle drôle d’idée ! Les autres ne voudraient pas. Au début ils en rigolaient, mais je vois qu’ils la regardent un peu de travers, maintenant !
C : Qu’est-ce que cela peut faire ? On ne peut pas plaire à tout le monde, n’est-ce pas ?
D : Oui mais enfin, vous ne comprenez pas ?! Je crains que l’ambiance ne commence à se dégrader entre cette personne et les autres. Eux qui sont solidaires habituellement se renvoient la balle en ce qui la concerne.
C : Et que vous disent-ils, les autres ?
D : Rien ! Ils soupirent. Et je les entends parfois papoter de cette personne entre eux et s’arrêter brusquement lorsqu’ils me voient arriver.
C : Donc si je comprends bien, mais dites-moi si je me trompe : en laissant faire une salariée qui n’en fait qu’à sa tête, et en faisant la sourde oreille aux bruits de couloir qui circulent, vous participez à votre manière à dégrader l’ambiance de travail au sein de votre équipe alors même que vous tenez plus que tout à la bonne ambiance si fructueuse. C’est bien cela ?
D : (Silence médusé) … Waouh ! … Vous n’y allez pas par 4 chemins !… Mais vu comme ça, je me dis que je ne peux pas ne rien faire.
C : C’est-à-dire qu’en ne faisant rien, vous faites déjà quelque chose !
D : Oui, mais ce n’est pas du tout ce que je veux. Il faut donc que je recadre cette personne sans tarder ! Pas simplement pour la discipline, pas simplement pour son travail qui n’est pas fait dans les temps, mais aussi pour la cohésion de l’équipe !
C : Excellente idée ! Comment allez-vous vous y prendre ?
D : Je vais prendre cette personne en entretien dans mon bureau pour lui dire factuellement tous ses retards que j’aurai repointé, et lui expliquer pourquoi ce n’est plus admissible compte tenu de ce que je viens de découvrir grâce à notre échange, lui donner des objectifs clairs pour le mois qui vient et un rendez-vous à la clé pour faire le point.
C : Et pour l’ambiance ?
D : Elle devrait s’améliorer naturellement car je suis certain que les autres n’attendent que cela, en fait !
C : Vous me tiendrez au courant ?
D : Bien sûr !